Parmi les réactions qui ont retenu l’attention après l’annonce de la candidature de Moussa Dadis Camara la semaine dernière, il ya bien celle de Papa Koly Kourouma, ministre conseiller à la présidence de la République et président du GRUP, qui se dit disposé à s’effacer au profit de son ancien patron, et « frère », si jamais celui-ci exprimait son intention de briguer la magistrature suprême.  Une sortie qui ne peut que surprendre   ceux qui sont un peu au bain des rapports entre les deux hommes qui n’emboucheraient plus la même trompette depuis un bon moment. Et pour cause…

Ils étaient très proches. C’est la raison évidente qui a fait que sous son règne,  Dadis Camara avait nommé Papa Koly Kourouma au poste de ministre de l’Environnement. Un portefeuille qu’il avait géré sans aucune pression.  Et qu’il avait pu conserver malgré l’éviction du capitaine Camara, qui avait été contraint de se retirer des affaires, après avoir été blessé à la tête lors d’une altercation avec son ancien aide de camp Aboubacar « Toumba » Diakité, le 3 décembre 2009, au camp « Makambo ». C’est de cette position de ministre de la République que Papa Koly Kourouma va profiter pour créer un parti dénommé GRUP. Et en parfait opportuniste, il va user  et abuser de sa proximité avec Dadis Camara, pour  parvenir  à se tailler un électorat dans la région forestière. Ce qui lui permettra  de figurer dans le top 5 des partis politiques à l’issue du premier tour de la présidentielle de 2010. Avec 101 827 voix soit 5, 74%.

Papa Koly Kourouma va s’allier ensuite au RPG d’Alpha Condé, lors du second tour. Un rapprochement qui s’est soldé par sa nomination à la tête du département de l’Energie. Jusqu’à ce qu’il soit limogé, pour être parachuté à la présidence de la République au poste de ministre conseiller.

Dans la perspective de la présidentielle du 11 octobre, on voit depuis un certain temps Papa Koly Kourouma  effectuer de longs séjours dans la région forestière.  Dans le but sans doute de mobiliser les populations de la région, dont les suffrages lui permettront de se positionner en tant que leader  de la principale formation dirigée par un fils de la région. Et dont le  ralliement à la mouvance ou à l’opposition ne pourra qu’être déterminant lors du prochain scrutin.

Mais voilà que Dadis s’annonce à son tour dans la course à la présidence. Ce qui va sans aucun doute   remettre tous les scenarii échafaudés auparavant par tous ceux qui ont des visées sur la région forestière, à l’eau. Car il ne faut pas se leurrer, l’ex-chef de la junte serait de loin celui qui, parmi les cadres civilo-militaires originaires de cette partie sud du pays,  dispose du plus grand capital sympathie auprès des populations. La preuve en a été faite lors des obsèques de sa mère en 2013. Et tout récemment, la forte mobilisation de la couche féminine, pour exiger son retour au pays, est aussi un indicateur de la « popularité » de Dadis dans la région forestière.

Étant au fait de tous ces atouts, Papa Koly ne peut que rentrer dans le rang, en apprenant que le capitaine Camara voudrait de nouveau jouer un rôle dans la vie politique de la Guinée, qu’il avait dirigée à la faveur d’un putsch perpétré au lendemain du décès du défunt président Conté en décembre 2008.

Et quand Papa dit qu’il ne renoncera à se porter candidat à la présidentielle que si Dadis était de la partie, cela doit être perçu juste comme un clin d’œil fait à l’ancien chef de la junte, qu’il tenterait d’appâter, en vue d’entrer de nouveau dans ses grâces. C’est du moins ce qu’on apprend dans des milieux proches  du capitaine Dadis.  A en croire nos sources, ce dernier en aurait gros sur le cœur face à  des comportements dont on se gardera de dévoiler ici pour le moment. Tout ça c’est de la « politique », comme le dit M. Kourouma lui-même. En plus de Papa Koly, d’autres  anciens collaborateurs qui auraient aussi dupé Dadis Camara, tentent de marquer leur retour auprès de lui. A Ouagadougou, quelques uns  étaient récemment du voyage, lors de l’annonce de la candidature de Mister Dadis à la présidentielle. C’est comme si « Judas » faisait de nouveau son retour…

Mamady Kourouma

In Le Démocrate