La Guinée est de plus en plus confrontée à un phénomène qui est en passe de faire d’elle un pays de non-droit. La pratique de la justice privée se banalise et il ne manque plus que des milices privées soient mises en place pour faire la loi à la place des services de l’Etat dont l’autorité est chaque jour davantage bafouée.

la voiture de Bakayoko calcinée à Labé

En effet, l’absence de l’autorité de l’Etat est aujourd’hui en Guinée une réalité patente. Notamment en ce qui concerne la justice où certes, des efforts allant dans le bon sens ont été fournis depuis quelques temps, avec l’arrivée du ministre Cheick Sakho à la tête de ce département. On déplore tous les jours des manquements graves au respect de l’autorité et de tout ce qui va avec. Il n’y a pas longtemps, c’est presque en direct sur les ondes des radios que les Guinéens ont suivi le lynchage d’un individu, un marchand, qui venait de tuer de sang-froid, en pleine rue une femme. Une histoire d’amour qui aurait tourné au drame. L’homme éconduit, dans un accès de folie, a tiré sur celle qu’il aimait et les personnes témoins de cet acte ne sont pas passées par quatre chemins pour régler le sort du pauvre homme, qui aurait d’ailleurs même tenté de se suicider sans succès, après son forfait.

Les images de la mise à mort de cet homme par une foule déchainée existent et circulent sur les réseaux sociaux. Cela ne montre-t-il pas à quel point la cruauté est devenue une chose banale chez nous. Comment peut-on avoir le courage de filmer quelqu’un qu’on massacre au lieu de plutôt lui venir en aide ? Tout ça s’est fait à quelques mètres de l’escadron mobile no 18 de la gendarmerie nationale. Et d’un commissariat.

Un présumé voleur livré par la police à Forécariah a été calciné à quelques mètres de là

Qu’on se le tienne pour dit. Nul n’a le droit de se faire justice ou de rendre la justice s’il n’y est autorisé par la loi. Et seuls les juges ont cette prérogative. En Guinée, c’est tout comme si l’on n’en a cure. Quiconque peut se permettre de régler le compte d’autrui, pour peu qu’il ait une parcelle de pouvoir. C’est ce que l’on a vu, il y a quelques jours, quand cet officier supérieur n’a pas hésité à se rendre dans un tribunal et y faire bastonner un juge par ses sbires. Il a certes été jugé et condamné. Mais cette tendance à la violence privée (ou de justice privée) est un grand fléau qui sévit dans notre pays et ralentit sa marche vers l’Etat de droit avec une justice respectée. A Forécariah aussi, il y a peu, une foule déchainée a exigé et obtenu de la police qu’elle lui livre un présumé bandit sous peine de tout saccager. Elle a massacré l’homme sous les yeux des policiers impuissants.

A Labé, Abdourahmane Bakayoko, un jeune leader, pour avoir tenu des propos pas très courtois à l’égard du président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, a vu sa voiture partir en fumée. Les partisans de ce dernier ont simplement mis feu à sa voiture. Et personne jusque-là n’est inquiété par rapport à cela.

Les cas de justice privée ou de violence collective sont très nombreux en Guinée et il est temps que cela cesse. Seul l’Etat a le monopole de la violence légitime et légale. Nul ne saurait se substituer à lui et cela ne saurait être toléré, quel que soit le cas. Toutes les voies de recours existent au niveau de la justice, et il faut que les citoyens s’en contentent. Il est vrai que l’Etat aussi a fort à faire pour se faire respecter. La justice doit être juste, impartiale, bien administrée. Cela conforte les citoyens et leur donne confiance en elle.  Les pratiques et comportements comme ceux que nous vivons actuellement à Conakry et à l’intérieur du pays doivent cesser. Quand la vindicte populaire a tendance à se substituer à la loi, il faut craindre les pires excès. Car nul n’est plus à l’abri des règlements de comptes, des délations et autres injustices. Les droits de l’homme vont avec l’Etat de droit. Dans une société, quand ces notions et principes ne sont plus respectés, l’on se retrouve dans la barbarie et c’est ce qui nous guette, fort malheureusement…

Ci dessous la vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux qui montre Cissé en train d’être massacré (attention, images insoutenables)

Aziz Sylla

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