Homélie de Monseigneur Vincent Coulibaly, archéveque de Conakry à l’occasion de la messe pour la préservation de la paix en Guinée. (Cathédrale Sainte Marie de Conakry, le Jeudi 27 Février 2020)

Bien chers frères et sœurs,

« Revenez à moi de tout votre cœur » (Joël 2, 12) ! Tel est le cri du cœur de Dieu que nous avons entendu hier, en commençant le carême. Ainsi, notre carême devra être marqué par l’appel pressant de Dieu à la conversion. Il s’agit pour nous de revenir à Dieu en nous laissant saisir, rejoindre et transformer par Jésus Christ, notre Sauveur.

Revenir à Dieu notre Créateur, c’est choisir la vie. Voilà l’enseignement que nous donne aujourd’hui le livre du Deutéronome dans la première lecture de cette messe. Il s’agit d’écouter Dieu et d’obéir à sa parole, à ses ordres, à ses instructions et à ses commandements.

En accueillant ce soir la Parole de Dieu, nous ne pouvons pas ignorer que tout observateur de notre vie nationale peut bien affirmer aujourd’hui, sans aucun risque de se tromper, que de nombreux guinéens sont inquiets, voire même angoissés devant les jours incertainsqui approchent. En effet, tous les actes et toutes les paroles que nous voyons et entendons aujourd’hui, peuvent bien nous conduire à penser que les forces du mal sont en train de chercher à nous acheminer vers une situation de guerre aux conséquences imprévisibles.

Telle est la raison qui m’a poussé, chers diocésains, à vous inviter à cette messe pour la préservation de la paix dans notre cher pays.

Je considère que si nous sommes venus, c’est parce que, malgré la situation que nous connaissons, nous portons encore en nous une flamme, plus ou moins grande, celle de l’espérance de la paix, l’espérance de la fraternité et l’espérance de la concorde en Guinée.

Une espérance qui nous encourage à nous tourner résolumentdans la prière vers le Christ, qui est notre Véritable Paix (Cf. Eph 2,14), pour qu’il donne à tous les guinéens, la sagesse et la clairvoyance dont notre pays a aujourd’hui besoin pour sortir de l’ornière de la violence. Une espérance qui nous encourage à nous tourner dans la prière vers le Christ, pour qu’il donne la sagesse surtout à nos gouvernants et à nos leaders politiques. Une espérance qui nous encourage à nous tourner dans la prière vers Christ, pour qu’il soutienne nos efforts consistant à travailler pour donner à notre pays ce beau nom : Guinée, Terre de paix et de fraternité.

Avec cette sagesse donnée par le Christ, nous n’oublierons pas les évènements douloureux qui ont secoué de par le passé de nombreux pays dont la Guinée à l’occasion des élections communales, législatives et présidentielles. Evènements au cours desquels hélas, des vies humaines, des biens et des héritages ont été détruits et mis à dure épreuve.

Ainsi face à l’atmosphère politique très tendue entre les acteurs sociopolitiques sur les modalités d’organisation des élections législatives et du référendum constitutionnel, et au refus des deux parties de s’écouter et d’aller au dialogue, je viens supplier aujourd’hui Son Excellence Monsieur le Président de la République et son gouvernement, je viens supplier aussi l’opposition et le FNDC, de bien vouloir user de tout ce qui est en leur pouvoir en vue d’ouvrir de nouveau le dialogue et d’accepter de mettre le pays au-dessus de tout intérêt égoïste et partisan.

Le dialogue, il me semble, est aujourd’hui l’unique voie royale et loyaleà emprunter, pour arrêter nos crises récurrentes et permettre à notre pays de sortir de cette impassequi n’a que trop duré.

Le mérite de ce dialogue, est d’aboutir à des accordsqui seront respectés par tous, sans recours à la violence qui entraine le plus souvent des destructions des biens publics et privés, ainsi que des pertes de vies humaines.

Enfin, je souhaite vivement que mon invitation à privilégier le dialogue soit entendue par toutes parties. Car c’est seulement en optant pour cette voie que la Guinée retrouvera ses lettres de noblesse en terme de pays de dialogue et de paix comme l’histoire l’a toujours définit dans le concert des autres nations du monde.

Si le sol béni de notre pays pouvait parler, il nous ferait certainement de nombreuses mises en garde. Je rappelle donc ici ce dicton bien connude tous : « un homme averti en vaut deux ». Et j’adresse cet appel pressant à tous mes compatriotes : « Peuple de Guinée, souviens-toi et évite la guerre. Car, comme dit un saint, la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. Et la gloire de l’homme, c’est la vision de Dieu.»

Par conséquent, je ne souhaite pas que par notre faute, notre pays connaisse un jour les effets néfastes de la guerre. Car, tous ceux qui feront entrer la guerre dans notre pays répondront un jour de leurs actes devant le tribunal de Dieuet devant l’histoire.

Avec la paix, tout est possible pour nous, par exemple le développement de notre pays. Mais avec la guerre, nous perdrons toutavec pour résultats certains, l’échec et l’amertume de tout un peuple. De grâce, soyons des artisans de paix et œuvrons tous au rétablissement de l’unité nationale et de la confiance parmi les populations guinéennes.

Il est bon de nous rappeler ici ce cri du cœur adressé par les Papes Saint Paul VI et Saint Jean-Paul II aux Nation Unies : « Jamais plus la guerre, jamais plus l’un au-dessus de l’autre, jamais plus l’un sans l’autre, jamais plus l’un contre l’autre.»

Bien chers croyants de Guinée, quelle contribution pouvons-nous apporter aujourd’hui à notre pays, depuis un certain moment perdu à la croisée des chemins par la faute de ses enfants que nous sommes ? A cette question, je répondrai volontiers que c’est la prière fervente pour la préservation de la paix en Guinée dont il nous faut faire davantage usage en plus des actions déjà menées dans ce sens. Qu’on soit guinéen vivant ici ou ailleurs. La prière nous le savons bien, doit être au premier plan de ce tout ce que nous envisageons ou faisons pour la Guinée. Car tout croyant est convaincu avec le psalmiste que : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes » (Ps 126, 1).

Bien chers fidèles chrétiens et croyants de Guinée, face à l’histoire de notre Nation que nous sommes entrain d’écrire, je voudrais pour terminer, rappeler ces paroles que nous avons entendues dans la première lecture : « Vois, je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur…Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi et ta descendance… ».

Chers guinéens et guinéennes, choisissons la vie, celle que Dieu lui-même nous donne et nous communique jour après jour. Cette vie octroyée par Dieu passe par la paix et le dialogue. Puisse notre prière de ce jour parvenir aux oreilles du Seigneur en vue d’épargner à notre cher pays une guerre aux conséquences imprévisibles. Amen !

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