Un juge argentin a obligé une clinique de Buenos Aires à administrer à un malade de Covid-19 un traitement à base de dioxyde de chlore à la demande d’un proche du patient, finalement mort lundi.

Cette décision de justice, décriée au sein de la communauté médicale, a fait scandale.

L’utilisation de dioxyde de chlore pour traiter le Covid-19 est déconseillée par la Société argentine d’infectiologie et par l’Administration nationale des médicaments, aliments et technologie médicale (Anmat).ET l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a régulièrement mis en garde contre ce produit, souvent présenté sur internet et les réseaux sociaux comme un « remède miracle ».

Le juge civil Javier Pico Terreno, répondant favorablement à une requête déposée par le beau-fils du patient, a contraint la clinique privée Otamendi y Miroli à administrer le traitement qui avait été prescrit par le neurochirurgien du malade, qui se trouvait dans un état grave.

Cet homme de 92 ans est décédé lundi, a confirmé l’avocat de la famille, Martin Sarubbi.

La clinique avait fait appel du jugement mais avait dû administrer le produit au patient. L’établissement a toutefois souligné qu’il déclinait toute responsabilité.

En août, le ministère de la Santé avait rappelé dans un communiqué à propos du dioxyde de chlore qu’« aucune étude scientifique ne démontre son efficacité et qu’aucune autorisation n’a été accordée par le ministère pour sa commercialisation et son utilisation » contre le Covid-19.

Le dioxyde de chlore est utilisé pour désinfecter le matériel médical et de laboratoire, pour traiter l’eau à faible concentration ou comme agent de blanchiment.

La requête en justice avait été déposée le 7 janvier par José Maria Lorenzo dont la mère était décédée des suites du Covid-19 et qui souhaitait que son beau-père, Oscar Garcia Rua, reçoive un traitement « d’urgence » à base de nébulisations d’ibuprofène et de dioxyde de chlore en intraveineuse.

Dans sa décision, le juge a estimé que « la prise en charge des traitements indiqués ne causerait pas de préjudice grave » à la clinique, mais « éviterait, en revanche, l’aggravation des conditions de vie du patient ».

Une décision judiciaire mise en cause au sein de la communauté médicale: « Qu’un juge décide qu’un médecin doit administrer une substance pour laquelle il n’y a pas de preuve scientifique est vraiment inquiétant », a réagi le président de la Société argentine d’infectiologie, Omar Sued.

Ignacio Maglio, avocat de l’hôpital public Muniz – centre de référence argentin pour les maladies infectieuses – a dénoncé « une aberration juridique et un scandale ». « C’est un abus de pouvoir judiciaire, avec un certificat médical on impose une mesure avec tous les risques et dommages que cela implique », s’est-il indigné.

L’avocat de la famille du défunt, Martin Sarubbi, a de son côté affirmé à la chaîne C5N qu’une plainte serait déposée contre la clinique, qu’il considère comme responsable du décès pour avoir « retardé le traitement ». « Cet homme est mort d’une infection nosocomiale (contractée dans l’établissement, ndlr) et à cause du retard d’administration du traitement », a déclaré l’avocat.

AFP

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