Les deux principaux chefs religieux du pays, coprésidents de la Commission provisoire de réconciliation nationale ont profité de la remise de leur rapport issu des consultations nationales relatives au processus de réconciliation, qui s’est déroulé la semaine dernière, lors d’une cérémonie organisée à cet effet au palais du peuple, pour recommander la création d’une « Commission vérité » pour réconcilier les Guinéens.

L’Archevêque de Conakry, Monseigneur Vincent Koulibaly et le grand imam de la Mosquée Fayçal, Elhadj Mamadou Saliou Camara, les deux coprésidents de la commission provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale (CPRN) ont à l’occasion de la remise officielle au président Alpha Condé de leur rapport résultant de consultations effectuées auprès d’un échantillon de la population, recommandé la création d’une Commission vérité. Cette Commission doit être créée par voie législative, et devra reposer sur les principes et standards existants en la matière, ont-ils indiqué. Il reviendra ainsi à la dite Commission, de prendre en charge les violations des droits humains portant sur « l’assassinat, l’arrestation et détention arbitraire, le pillage des biens, les actes de torture, les viols », entre autres. Le rapport recommande que cette Commission puisse enquêter sur « les violations commises de 1958 à 2015. » Et qu’elle soit « indépendante de tout pouvoir et qu’elle fasse preuve d’impartialité.»

Les deux coprésidents invitent dans la foulée, les autorités guinéennes à tout mettre en œuvre, pour que des   « réparations urgentes soient engagées » pour des victimes dont la situation de vulnérabilité est attestée et nécessite une prise en charge médicale et psychologique.

Alpha Condé, qui a présidé cette cérémonie de remise, a rendu hommage aux deux chefs religieux pour le travail abattu. Tout en soulignant que ce rapport servira de bréviaire pour la démarche en faveur de la réconciliation des Guinéens. Le chef de l’Etat a reconnu qu’il s’agit là d’une entreprise très délicate, dans un pays où depuis son accession à l’indépendant des cas de violations graves des droits humains ont été constatés.

Il dit néanmoins, en tant que président, assumer tout ce qui a été fait en Guinée depuis 1958, que ce soit en bien ou en mal.

En ne s’en tenant qu’à la tâche accomplie par les religieux, on pourrait bien affirmer qu’ils s’en sont tirés à bon compte. Vu la promptitude avec laquelle, ils ont abattu leur travail. Cependant, des observateurs avisés, comme Ibrahima Sanoh, économiste et historien, émettent des réserves sur ce rapport. Tout en disant que cette Commission provisoire n’avait pas les compétences requises pour une telle mission.

« Je pense que cette commission a été composée sur fond de manque de confiance, d’un manque même de courage de la part de l’exécutif. Comment est-ce que dans un pays où le tissu social a été effiloché, où la mémoire collective a été détruite à dessein par les pouvoirs successifs, où aujourd’hui la société menace de désintégration, comment dans ces conditions-là, on peut constituer une commission provisoire de réconciliation devant servir de substrat à la réconciliation nationale, seulement de religieux. Les gens là devaient avoir la stature intellectuelle qu’il faut pour pouvoir poser les bases d’une réflexion. Il y a une crise de confiance en Guinée, comme ces religieux jouissaient d’un capital de confiance, quelque part et d’une certaine notabilité, on les a parachutés à la tête d’une commission qui est bancale, amorphe de réconciliation », a-t-il confié à votre semainier, très amer.

Il a tenu à rappeler que « par rapport à cette composition nous disons que le pari a été raté. Nous profitons de l’occasion pour appeler le président de la République, de brandir plus de courage, afin de constituer une commission définitive et effective de réconciliation. Une commission transdisciplinaire composée d’universitaires, d’historiens, de religieux, de sociologues. Je veux dire d’hommes et de femmes ayant une certaine légitimité académique à la fois interne et externe, afin que le contentieux de notre passé puisse être soldé comme ça se doit. Pour que les enfants des prochaines générations ne continuent pas à porter le fardeau du péché originel », cet appel sera sans doute entendu, car le rapport même recommande la création d’une Commission vérité, si l’on veut réconcilier les Guinéens.

L’Association Plus Jamais d’Agression Contre le Peuple de Guinée « APAC-GUI », non plus ne fait pas de cadeau à cette Commission. Et pour se faire entendre, elle lui a adressé une lettre d’observation.

Lettre dans laquelle, l’association déplore le fait d’avoir été mis à l’écart des travaux de restitution du CPNRN, le 31 Mai 2016 à l’hôtel Riviera.

Pour cette Association, le fait de n’avoir pris en compte que « les contentieux de la première République, la Commission provisoire n’aurait qu’un souci: restreindre la notion de victimes aux seules personnes qui s’affirment de celles de la Révolution et s’agitent depuis le 3 avril 1984, toujours soutenues et financées par des organisations internationales qui avaient pourtant condamné cette invasion de la Guinée à l’époque, en raison des centaines de mort, de blessés et des dégâts matériels énormes. »

Cette Association aussi, souhaiterait qu’une Commission soit mise en place, afin qu’un « débat public contradictoire sans tabou », soit organisé pour la manifestation de la vérité, qui demeure un passage obligé pour réconcilier les Guinéens.

le démocrate

Aliou Sow

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