Depuis plusieurs mois, les citoyens guinéens font face à une crise de liquidité. Cette situation n’est pas sans conséquences sur l’économie du pays. Toutefois, l’économiste Ibrahima Marie Camara estime qu’il ne s’agit pas réellement d’un manque de liquidité, mais plutôt d’une insuffisance de billets en circulation.
« Les conséquences peuvent être très importantes. Mais la source, c’est le faible taux de bancarisation de la population guinéenne », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à notre rédaction.
Selon lui, « il n’y a pas de manque de liquidité, mais un manque de billets dans le pays. Il y a manque de liquidité lorsqu’il n’y a pas d’argent disponible sous forme liquide. Ce qui manque aujourd’hui, ce sont les billets. Les Guinéens ont une préférence pour la monnaie fiduciaire, c’est-à-dire les billets de banque et les pièces métalliques. Même lorsqu’ils disposent d’argent sous forme électronique, ils préfèrent l’avoir de manière tangible, notamment en billets de banque ».
Ce déficit de billets en circulation a des répercussions importantes. « Elles concernent en grande partie les agents économiques, et tout le monde est agent économique : les banquiers, les citoyens ordinaires, nous le sommes tous. La conséquence la plus visible concerne les conditions de vie des citoyens, notamment leur capacité à acheter et à consommer. Cela affecte également les investisseurs et les entrepreneurs qui ont besoin de liquidités pour exercer leurs activités, investir et réaliser des travaux. Lorsqu’il y a un manque de liquidité, les investissements ralentissent, la création d’emplois diminue et l’activité économique du pays s’en trouve affectée », a expliqué Ibrahima Marie Camara.
Pour sortir de cette situation, l’économiste propose plusieurs pistes. « La première est la sensibilisation. Il faut rétablir la confiance. La monnaie fiduciaire repose sur la confiance, et le gouvernement doit faire en sorte que la population ait confiance en lui. Sans cela, aucune autre mesure ne pourra fonctionner.
Comment rétablir cette confiance ? Il faut d’abord approvisionner les banques en liquidités. Ensuite, l’État doit éviter de puiser dans les réserves des banques primaires déposées à la Banque centrale. Récemment, l’État a prélevé cinq mille milliards sur ces réserves. Ce sont des pratiques à éviter. Même lorsqu’elles sont nécessaires, certaines informations doivent être gérées avec prudence. Leur divulgation a suscité l’inquiétude des acteurs financiers, poussant chacun à conserver son argent à domicile. Il faut éviter cela », a-t-il conclu.
Bhoye Barry pour guinee7.com
