Suspendre pendant trois mois la coupe et l’exportation du bois est une décision courageuse. Les forêts guinéennes méritent ce repos biologique. Mais une question dérange : pourquoi cette fermeté ne s’applique-t-elle pas avec la même vigueur aux atteintes causées par l’exploitation minière ?
Sur le corridor Fria-Télimélé, les montagnes sont décapitées, les forêts disparaissent et des hectares de sols restent à nu. La réhabilitation et le reboisement des sites exploités demeurent largement invisibles aux yeux des populations. Pourtant, ces obligations sont au cœur de toute exploitation responsable.
À Fria, un autre phénomène inquiète. Depuis l’intensification des activités minières, les habitants disent assister à une succession d’événements autrefois rares : des températures avoisinant les 38 °C, des vents d’une violence inédite arrachant toitures et arbres, des poussières omniprésentes. Coïncidence ou conséquence ? Personne ne peut aujourd’hui l’affirmer avec certitude. Mais une chose est sûre : ces bouleversements méritent mieux que le silence.
Les températures moyennes de mars à mai 2026 à Fria
| Mois | Température moyenne | Maximale moyenne | Minimale moyenne |
|---|---|---|---|
| Mars | 27,9 °C | 31,4 °C | 24,7 °C |
| Avril | 28,4 °C | 31,6 °C | 25,4 °C |
| Mai | 28,2 °C | 31,0 °C | 25,3 °C |
Beaucoup d’habitants sont convaincus que les forêts qui entouraient autrefois la ville constituaient une barrière naturelle contre les vents et contribuaient à maintenir un microclimat plus tempéré. Leur disparition aurait ouvert un véritable couloir où le vent s’engouffre désormais sans obstacle.
Si cette hypothèse est exacte, elle est préoccupante. Si elle est fausse, le gouvernement et les compagnies minières ont tout intérêt à commander des études indépendantes pour le démontrer. Car face aux inquiétudes des populations, l’absence d’explications nourrit la méfiance.
La Guinée a besoin de ses mines. Mais elle a tout autant besoin de ses montagnes, de ses forêts et de son équilibre écologique. On ne peut pas protéger les arbres d’une main tout en laissant disparaître, de l’autre, les massifs forestiers qui protègent nos villes.
Le développement durable ne se résume pas aux milliards générés par la bauxite. Il se mesure aussi à ce que l’on choisit de préserver. Car lorsque les montagnes auront disparu, aucune richesse ne permettra de les reconstruire.
📌 À retenir
- Avril est généralement le mois le plus chaud de l’année à Fria.
- Les maximales quotidiennes dépassent régulièrement 35 °C, avec des pointes pouvant approcher 37 à 38 °C lors des épisodes les plus chauds.
- En 2026, de nombreux habitants de Fria affirment avoir ressenti des chaleurs particulièrement fortes, accompagnées de vents violents et d’importants épisodes de poussière. À ce stade, ces observations locales mériteraient d’être confrontées à des études météorologiques et environnementales afin d’évaluer l’influence respective de la variabilité climatique et des transformations du paysage liées aux activités humaines.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
