Censure

« On va continuer à recruter… mais on n’aura pas d’enseignants » : l’alerte de Michel Pépé Balamou

Le secrétaire général du SNE estime que les recrutements successifs ne permettent pas de résorber durablement le déficit d’enseignants et plaide pour une professionnalisation du secteur.

Guinée- L’intersyndicale de l’éducation s’est réunie lundi 21 septembre 2026 au siège du SLECG, à Conakry, autour de la situation des enseignants contractuels. Au cours de cette rencontre, le secrétaire général du Syndicat national de l’éducation (SNE), Michel Pépé Balamou, a vivement critiqué le mode de recrutement dans le secteur éducatif. Pour lui, l’éducation est devenue une véritable « porte d’entrée » vers d’autres secteurs de la fonction publique, ce qui contribuerait, selon lui, à maintenir le déficit d’enseignants.

Le responsable syndical s’est appuyé sur les recrutements effectués au cours des dernières années pour illustrer son constat. Il cite notamment le recrutement de 25 000 enseignants entre 2011 et 2018 et le déficit de près de 20 000 enseignants relevé en 2019 : « mais si comme la secrétaire générale [Kadiatou Bah du SLECG NDLR] l’a dit tout à l’heure là, les gens veulent organiser le concours juste pour se remplir les poches, peu importe maintenant pourquoi… est-ce que les gens qui vont être recrutés vont rejoindre leur poste ? Au temps du régime Alpha Condé, de 2011 à 2018, on a recruté, 25 000 enseignants ! En 2019, lorsque le BSD a fait des statistiques de besoin d’enseignants, on est venu à 19 942 déficit d’enseignants ! Imaginez : de 2011 à 2018, on recrute 25 000 enseignants, et en 2019, on a un besoin de 19 942 enseignants. Où sont partis ces enseignants ? Donc, ça devient une passerelle. On va continuer à recruter dans ces conditions-là, mais on aura pas d’enseignants ! »

Pour Michel Pépé Balamou, cette situation est liée au fait que des personnes recrutées dans l’éducation ne restent pas nécessairement dans le secteur. Il plaide ainsi pour une professionnalisation du métier d’enseignant et pour que les recrutements privilégient les personnes formées spécifiquement dans ce domaine : « l’éducation est devenue aujourd’hui la porte d’entrée de la fonction publique. C’est un récipient troué. On met de l’eau dedans, on met de l’eau dedans, mais ça ne se remplit jamais. Pourquoi ? Parce que ceux qui viennent ne restent pas, ils vont ailleurs. Donc, nous aurions voulu aujourd’hui qu’après les contractuels qui vont être engagés — que ce soit ceux de Conakry ou autres —, que dorénavant, ceux qui sont formés à l’ISSEG et aux ENI, soient ceux-là qui soient prioritaires pour être engagés à la fonction publique. Il faut la professionalisation de l’éducation, il faut que des spécialistes, ceux qui ont étudié l’enseignement à l’université et dans les écoles professionnelles, soient ceux-là qui soient recrutés par l’État ! »

Le secrétaire général du SNE estime également que le recrutement devrait être effectué en fonction des besoins de chaque zone, afin de limiter les difficultés liées à la prise de poste. Il cite notamment le cas des enseignants recrutés dans le cadre des précédentes opérations : « et que ce recrutement soit fait de façon zonale ! Regardez les 10 000 : depuis qu’on a recruté les 10 000, il n’y a pas eu de problème, personne n’a dit que personne n’a rejoint son poste, ils sont sur place. Les 4 500 là, quand ils vont être recrutés, ils vont être sur place. Ceux de Conakry, quand ils vont être recrutés, ils vont être sur place. Donc il faut faire en sorte qu’on fasse un recrutement au du poste par poste. C’est-à-dire que à Guagnakaly quand il y a besoin de 10 enseignants, les gens vont postuler là-bas, on les recrute. Donc ils vont pas dire qu’ils vont pas servir à Guagnakaly. Ça, ça va aussi nous aider. »

Au-delà de la question du recrutement, Michel Pépé Balamou a enfin dénoncé la situation de certains enseignants contractuels qui, selon lui, exercent depuis plusieurs années dans des zones rurales ou enclavées, sans bénéficier des mêmes conditions que certains agents récemment recrutés : « et ceux qui sont là, qui ont souffert le martyr depuis 2018, certains sont décédés, il y a des femmes même qui ont divorcé de leurs maris parce qu’ils sont allés dans les brousse et les maris n’ont pas accepté, aujourd’hui il y en a qui nous appellent en pleurs, ils ont perdu leurs enfants à l’accouchement parce qu’elles n’avaient pas les moyens de payer les produits. Ces gens-là sont là, on les laisse ! Et l’année passée, au mois d’octobre passé, on a recruté 1 615 agents de l’État, des enseignants, et aujourd’hui il y a ces enseignants-là qui sont non postés et qui continuent de prendre des salaires. Ceux qui travaillent dans les milieux ruraux, dans les zones enclavées, sont sans salaire. Et quand il s’agit de les prendre, on dit concours, alors qu’ils ont déjà été évalués en pratique de classe ! »

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com