Guinée- Le ministre des Affaires étrangères et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté, a défendu la décision des autorités guinéennes de lutter contre l’exploitation illégale de l’or. Il s’exprimait jeudi 5 novembre 2026, lors d’une rencontre avec les diplomates accrédités en Guinée. À cette occasion, il a révélé que plusieurs centaines de ressortissants étrangers avaient été interpellés dans le cadre des opérations contre l’orpaillage clandestin, avant d’être remis aux autorités consulaires de leurs pays respectifs. Il a également dénoncé le retour de certains exploitants dans les zones aurifères du pays.
D’entrée, le chef de la diplomatie guinéenne a tenu à préciser que les autorités n’ont jamais interdit l’exploitation de l’or en Guinée. Selon lui, les mesures prises par le gouvernement s’inscrivent dans la continuité des décisions adoptées par les précédents régimes pour encadrer cette activité et mettre fin à son exercice clandestin. « La Première République de la Guinée a commencé par contrôler pour qu’il n’y ait pas cette exploitation incontrôlée. Après toutes les républiques qui se sont suivies ici, ont interdit cette déréglementation de l’exploitation. Jamais, au grand jamais, la Guinée sous le leadership du Général Mamadi Doumbouya n’a interdit l’exploitation. Jamais. J’ai des arrêtés conjoints ici de 2015 qui mettent fin à l’exploitation clandestine de l’or. 2015. J’ai les documents, je les partagerai avec vous. Ils sont là », a déclaré Morissanda Kouyaté.
Pour le ministre, la différence avec les précédents régimes réside dans la volonté des autorités actuelles de protéger les ressources naturelles du pays et d’empêcher leur exploitation anarchique. « Mais la différence entre tous ces régimes passés et le régime qui est là aujourd’hui pour continuer à s’inspirer du passé pour qu’ensemble nous construisions le futur, ce régime est un régime sérieux parce que nous n’accepterons jamais que la Guinée soit détruite », a-t-il affirmé.
Des centaines de ressortissants étrangers interpellés
Abordant les opérations menées sur les sites d’orpaillage, le ministre des Affaires étrangères a fait état de l’interpellation de ressortissants de plusieurs pays, notamment des Chinois, des Burkinabè et des Maliens. Il a également cité des ressortissants de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Ghana, du Nigeria, du Bénin, du Vietnam, de l’Inde, de la Sierra Leone et du Cameroun. « La première vague que nous avons eu ici : 249 Chinois qui ont été arrêtés pour cette exploitation sauvage. 409 Burkinabè, 66 Maliens au départ, des Burkinabè, des Ivoiriens, des Togolais, des Ghanéens, des Nigérians, des Béninois, des Vietnamiens, des Indiens, des Léonnais, des Camerounais qui participent à la destruction de la nature de façon incontrôlée », a-t-il détaillé.
Morissanda Kouyaté a expliqué que le président de la République, Mamadi Doumbouya, avait demandé que la situation soit traitée par la voie diplomatique, afin de préserver les relations entre la Guinée et les pays concernés.
Des étrangers remis à leurs autorités consulaires
Dans son intervention, le ministre a également révélé que plusieurs ressortissants interpellés avaient été remis à leurs représentations diplomatiques et consulaires. Pour étayer ses déclarations, il a présenté des documents relatifs à la remise de ressortissants maliens à leurs autorités consulaires.
Il a notamment évoqué une opération effectuée le 14 juin 2026 à 16h30, au cours de laquelle 163 personnes ont été remises à Aboubacar Konaré, consul de l’ambassade de la République du Mali en Guinée. Il a aussi présenté un autre document signé le 3 juillet 2026 à 13h09 par le consul malien Tidiane Haïdara.
Le ministre a précisé que les personnes interpellées étaient poursuivies pour plusieurs infractions liées à leurs activités dans les zones minières. « Je parle sous le contrôle du ministre de la Justice –, ils étaient poursuivis pour exploitation illégale de mines, infraction prévue et réprimée par l’article 207 du Code minier ; pour dégradation de l’environnement, infraction prévue et réprimée par l’article 178 du Code pénal de l’environnement ; pour exercice d’activités professionnelles sans autorisation, article 131 du Code du travail guinéen ; destruction massive de l’environnement », a-t-il expliqué.
Il a également évoqué des faits de traite des êtres humains dans les sites d’orpaillage, où certaines personnes seraient chargées de recruter ou de faire travailler plusieurs autres individus. « Ils ont été poursuivis pour traite des êtres humains, parce que c’est la traite des êtres humains dans ces mines. Une ou deux personnes font la traite de 10, 20, 30 personnes. Ils ont été poursuivis pour cela, ce sont les chefs d’accusation – je parle sous le contrôle du ministre de la Justice. Ils sont là, chacun a été remis ici : les Togolais, des pays que j’ai signalés, ils sont là », a-t-il poursuivi.
Selon Morissanda Kouyaté, ces remises ont été effectuées dans le cadre d’une démarche visant à préserver les relations de fraternité avec les pays concernés, conformément à la volonté du chef de l’État. « Notre justice a fait un travail merveilleux pour appliquer ce vœu du chef de l’État qui ne veut pas s’immiscer dans les affaires judiciaires. Ils ont été remis à leur ambassade. Ni vu ni connu. Nous n’avons parlé à personne. Nous avons appelé les représentants de ces pays, nos frères, parce que ce que j’ai dit, le passé, il est là et nous le respectons avec notre président », a-t-il indiqué.
Le ministre a ajouté que ces opérations s’étaient déroulées sans communication publique particulière. Il a estimé que la Guinée avait privilégié les relations diplomatiques et la solidarité entre les peuples.
« Ils ont confondu notre panafricanisme à la faiblesse »
Malgré ces remises aux autorités consulaires, le chef de la diplomatie guinéenne affirme que des ressortissants étrangers sont revenus dans le pays pour reprendre leurs activités d’orpaillage. Il a particulièrement cité Siguiri et d’autres localités de la Haute-Guinée.
Selon lui, certains auraient interprété la démarche de la Guinée comme un signe de faiblesse et profité de la volonté des autorités de préserver les relations avec les pays frères pour revenir sur les sites aurifères. « Juillet, parce qu’ils sont là, permanemment. Juin, juillet… Maintenant, on est août, septembre. Ceux qui ont été renvoyés paisiblement, non poursuivis, c’est comme s’ils étaient allés chercher d’autres. Ils ont réenvahi, Siguiri, la Haute Guinée et la Guinée. Ils sont venus par centaines et par milliers. Ils ont recommencé parce qu’ils ont confondu le panafricanisme du du président, le panafricanisme de la Guinée, ils l’ont confondu à la faiblesse. Ils ont cru que nous étions un pays faible. Mais nous ne sommes pas le seul pays à interdire leur orpaillage sauvage », a-t-il déclaré.
Pour appuyer la position des autorités guinéennes, Morissanda Kouyaté a également évoqué les conséquences de l’orpaillage sauvage sur les populations et les infrastructures. Il a notamment cité la dégradation des cours d’eau, l’obstruction des routes et les difficultés rencontrées par les ambulances pour accéder à certaines zones.
Il a fait référence aux propos d’un autre chef d’État africain qui aurait décrit les conséquences de ces pratiques, notamment les risques encourus par les malades lorsque les voies de circulation sont bloquées par les activités minières.
Un appel aux diplomates pour défendre la position de la Guinée
En s’adressant aux représentants diplomatiques présents à cette rencontre, le ministre des Affaires étrangères leur a demandé de transmettre à leurs capitales respectives les explications du gouvernement guinéen sur la question de l’orpaillage.
Il les a notamment invités à ne pas se fier uniquement aux informations diffusées sur les réseaux sociaux, mais à observer eux-mêmes la situation sur le terrain. « Mesdames et Messieurs, Excellences, nous vous prions de transmettre à vos capitales le passé de la Guinée, s’il vous plaît, repassez-le à vos capitales. Nous, c’est dans notre ADN, nous ne changerons pas. Le présent de la Guinée, passez-le à vos capitales. N’écoutez pas Facebook, n’écoutez pas TikTok, n’écoutez pas l’intelligence artificielle. Écoutez ce que vous voyez vous-mêmes de vos propres yeux en Guinée et envoyez ça à vos capitales », a lancé Morissanda Kouyaté.
À travers cette rencontre avec les diplomates accrédités en Guinée, le gouvernement entend ainsi faire connaître sa position sur les opérations contre l’orpaillage clandestin. Les autorités assurent que leur démarche ne vise pas à interdire l’exploitation aurifère, mais à lutter contre les activités illégales et la dégradation de l’environnement.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
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