La Guinée se retrouve encore à la croisée des chemins avec le chronogramme électoral qui est venu semer la discorde au sein de la classe politique. Le président Alpha Condé est soupçonné d’être le marionnettiste qui en sous-main tire les ficelles en  contraignant  la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) à se passer des élections locales au profit de la présidentielle. L’inversion de l’ordre chronologique des élections étant perçue comme un stratagème qui lui permettra de procéder à un passage en force, pour se succéder à lui-même, lors de la prochaine présidentielle.

La décision prise par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) d’organiser la présidentielle le 11 octobre prochain continue de défrayer la chronique dans la cité. Et l’opposition compte bien s’opposer à l’application de ce chronogramme qui, à ses yeux, n’aura été qu’une émanation de la volonté du président de la république. Dans les réactions qui ont suivi la publication de ce chronogramme électoral, aussi bien dans les rangs de l’opposition que dans ceux de la Ceni, où certains commissaires ont donné de la voix, tous s’accordent à accuser le pouvoir d’instrumentaliser Bakary Fofana, qui en réalité ne serait qu’un homme sous la botte du président Condé. Ce dernier n’a d’ailleurs pas voulu s’étendre sur ce chronogramme électoral qui déchaîne les passions, lors de la conférence de presse qu’il a animée mardi dernier. Alpha Condé  a  juste affirmé  que la question du chronogramme électoral relevait des  compétences de la Ceni. Et que lui, son principal souci pour le moment était d’éradiquer le virus Ebola qui sévit dans son pays depuis plus d’un an.

L’opposition pour sa part durcit le ton et annonce son retrait de l’assemblée nationale. Elle décide également de ne plus reconnaître la Ceni.
Cellou Dalein Diallo et ses pairs  se rabattent sur les accords du 3 juillet 2013, dont l’annexe donnait la priorité à la tenue des élections communales et communautaires en 2014. Même si l’apparition de la fièvre hémorragique Ebola est venue compromettre ce calendrier. Il ya lieu de relever cependant que si le gouvernement nie en bloc la teneur de cet accord, les facilitateurs nationaux, qui avaient été choisis pour travailler aux côtés de Said Djinnit, qui était le représentant spécial de Ban Ki-moon à l’époque dans la sous région, eux reconnaissent que le ministre Alhassane Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation au moment des faits, avait dit sous l’effet de la passion être plus pressé pour organiser les locales que l’opposition, elle même. Et qu’il fallait coûte que coûte que les communales dans la foulée des législatives. Sur cette question qui fait polémique dans la cité, Dr Salifou Sylla et Aboubacar Sylla, respectivement facilitateur copté par l’opposition et facilitateur répondant au nom de la mouvance présidentielle ont tour à tour témoigné dans la presse ces derniers jours sur la question. Dans le souci de rétablir la vérité des faits.

Ces personnalités reconnaissent la nécessité d’éviter au pays de sombrer dans des violences inutiles, en tenant compte de la volonté populaire. Ce qui inéluctablement passe par l’organisation des élections communales, avant la présidentielle.

Si le pouvoir s’entête à n’en faire qu’à sa tête, le pays risque de revivre les scénarii cauchemardesques de la période postélectorale de 2010. C’est le moins qu’on puisse écrire, quand on sait que les extrémistes des deux bords ont commencé à s’agiter. Il revient  au gouvernement de ne pas laisser la situation pourrir. Il ne faudrait surtout pas que le président Condé perde de vue que l’escalade de la violence  serait en sa défaveur. Il ya déjà eu trop de sans versé suite à des décisions irresponsables de la Ceni. Alpha Condé a certes annoncé la relance du dialogue interpartis, dès le retour de son ministre de la Justice Cheick Sako, à qui il vient de filer cette patate chaude. Mais l’opposition étant désabusée par les voltefaces du pouvoir, il serait surprenant qu’elle se laisse mener de nouveau en bateau par des gens qui n’ont que faire de la parole donnée. Car comme l’a dit Prosper Mérimée ‘’qui manque à sa parole est le plus vil de tous les hommes.’’

in Le Démocrate