Dire que le football est un facteur d’unité, de rassemblement et de paix, est un euphémisme. Durant toutes les phases qui ont précédé cette CAN et pendant la compétition, l’ensemble de la population guinéenne à vibrer au rythme des couleurs nationales et des chants patriotiques, révélant au passage toute la richesse culturelle et artistique de notre pays, ainsi que la dimension sociale du football.

Fort malheureusement, l’équipe nationale n’a pas été à la hauteur des enjeux, et n’a pas non plus été à la hauteur de l’espoir dont elle a fait l’objet. L’on avait rêvé que cette coupe d’Afrique soit pour notre peuple l’ascenseur vers l’unité nationale, et pour notre pays, le point de départ de son progrès économique et social. Mais, ça c’était bien avant le début de la compétition couronnée par cette débâcle honteuse face aux soldats algériens. Car au-delà de la défaite, c’est plus la manière qui choque les esprits : les joueurs du Sily national ont laissé l’impression d’une équipe amorphe sans point de repère, et surtout d’une équipe sans conviction, sans caractère, aucune grinta se contentant simplement d’observer son adversaire dicter le tempo du match. Il y a des équipes dans l’histoire du football qui ont gagné des titres sans joueurs majeurs évoluant dans les grands championnats du monde, sans réelle qualité technique. Mais ils ont gagné parce qu’ils avaient le sens de la patrie, parce qu’ils avaient la hargne, ils ont gagné parce qu’ils se battaient comme des chiens sur le terrain, et étaient prêts à laisser leur vie pour que leur peuple vive, pour préserver la joie et le bonheur sur le visage de leurs peuples fiers et dignes.

Que dire de Madagascar l’équipe surprise de cette CAN avec le Benin ? La volonté de réussir doublée d’un engagement patriotique sans faille et d’un caractère de guerrier ont permis à ces deux équipes, qui n’ont pas de stars, sinon que des joueurs ordinaires, de se hisser aux quarts en sortant les favoris de la compétition. Quand le cœur décide c’est tout le corps qui suit la cadence.

Après cette élimination honteuse, l’heure est venue de tirer les leçons et de situer les responsabilités. Oui des responsabilités, il y en a dans ce fiasco égyptien, en commençant tout d’abord sur la politique de notre fédération et l’organisation du football guinéen de façon global.

Une politique de gestion et de recrutement qui questionnent

Les guinéens ont encore à l’esprit la disqualification indigne de notre sélection des u17 de la coupe du monde de sa catégorie suite à des accusations de falsification de documents. La gestion peu orthodoxe de ce dossier par les autorités du football guinéen, et la fameuse déclaration du coach du Sily après la défaite contre le Nigéria qui insinuait que des joueurs lui ont été imposés, montre un amateurisme de gestion et des accointances malheureuses au sommet du football professionnel guinéen.

L’élection d’Antonia Souaré a apporté certes au football guinéen la stabilité et la cohésion au sein des équipes nationales. Mais comme un écran de fumée, les multiples casquettes d’Antonio Souaré sont de notoriété publique et personne n’a levé le petit doigt pour s’en offusquer. Si l’apport d’Antonio au football guinéen et à l’économie en général est incontestable, l’on doit cas même se poser des questions sur la loyauté et la transparence dans l’organisation du football guinéen. Comment comprendre qu’Antonio, président de la fédération guinéenne de football, soit le propriétaire du club de football qui s’adjuge de tous les trophées nationaux depuis presqu’une décennie ? Et comment expliquer que ces différentes sociétés soient les sponsors officiels des compétitions sportives nationales ? Il y a forcément une explication à tout cela. Si la frontière entre le foot et le foot business n’a jamais relevé de la ligne claire, le brouillage a pris récemment une ampleur nouvelle dans le football guinéen. Sous l’effet d’un certain mécénariat érigé en règle d’investissement dans le monde du sport, une zone grise et d’échanges sans précédent s’est créée au sommet du football national.

Cette situation regrettable ne concerne pas seulement Antonio Souaré, il y a également Kerfala Camara KPC et Mathurin Bangoura (tous les deux membres de la Ligue de football professionnel, président pour le 1er cité) qui, détenant des clubs de premiers plans, continuent à avoir des responsabilités au sein des instances de décisions du football. Si ce n’est pas du conflit d’intérêt, c’en n’est pas très loin. Et comment peut-on parler de l’équité entre les clubs dans ses conditions ?

Il est vrai que toutes ces personnalités citées ont contribué ces dernières années à élever le niveau du championnat guinéen en le rendant de plus en plus performant. Mais aussi paradoxale que cela puisse paraitre, aucun joueur de ce championnat dont ils se donnent tant de mal pour construire n’a été sélectionné pour participer à cette CAN. Le comble de la complexité. Il faut dire que ces personnalités ne doivent plus continuer à détenir des clubs de football et avoir en même temps des postes de responsabilités dans les instances qui régissent le football. C’est un mélange des genres inacceptable.

Interpeler le procureur général près de la cour d’appel de Conakry d’ouvrir une enquête sérieuse autour de ces accusations de malversations financières entourant la fédération

Les révélations du président de la fédération en point de presse au lendemain de l’élimination du Sily sont assez choquantes, et en disent long sur le niveau d’amateurisme qui caractérise la gestion du football guinéen. À l’entendre, c’est comme un capitaine qui n’a aucune autorité sur sa troupe. À en croire les révélations de la presse ces dernières heures, la relation entre Antonio Souaré et son vice-président Amadou Diaby ressemble au couple russe du Kremlin. C’est comme du Medvedev-Poutine (Medvedev étant élu président en 2008 mais pour la forme seulement, en réalité, c’est Poutine qui tient le pouvoir). Il semblerait que c’est Amadou Diaby qui soit le véritable patron dans le couple Souaré-Diaby qui dirige le football guinéen depuis maintenant plus de deux ans.

La gabegie financière qui a entouré cette sélection ainsi que l’irresponsabilité du staff technique vis-à-vis des joueurs, cette entreprise commerciale juteuse que le staff de Paul Put a montée autour de cette CAN pour s’en mettre plein les poches, car c’est de cela qu’il s’agit, ne disculpe en aucune manière la responsabilité du président de la fédération. C’est lui le responsable de la bonne administration de l’encadrement technique, et c’est à lui qu’il incombe de veiller à la bonne moralisation de la gestion du football national.

C’est le lieu d’interpeler le procureur général près de la cour d’appel de Conakry d’ouvrir une enquête sérieuse autour de ces accusations de malversations financières entourant la fédération. Les sommes annoncées font froid dans le dos pendant que le guinéen moyen tire le diable par la queue. Mais en attendant l’ouverture d’une enquête judiciaire, Antonio Souaré qui parlait de prise de responsabilité s’agissant de cette élimination indigente, il est temps que lui-même prenne ses propres responsabilités en démissionnant avec tout son staff pour laisser le temps à une nouvelle équipe dirigeante d’entamer la phase de reconstruction du football guinéen.

Ironie de l’histoire, tout le staff de Paul Put a pris la poudre d’escampette le soir même de la défaite en ralliant la Belgique. Comme pour dire qu’ils n’étaient présents que pour leur per diem, et que l’on doit apprendre à faire confiance à des entraineurs et staffs locaux pour gérer nos équipes. Eux, au moins, auraient assumé en rentrant au pays implorer le pardon. Un homme, un vrai, c’est celui qui assume ses actes dans toutes les adversités que la vie lui oppose.

Le championnat local, le grand oublié de cette sélection Égypte 2019

Le championnat national de ligue 1 a progressé ces dernières années en terme de compétitivité, de construction d’installations sportives et en terme de professionnalisation des clubs de première et deuxième division. Si le mérite revient aux personnes citées plus haut, comment comprendre qu’aucun joueur de la Ligue 1 guinéenne n’ait été sélectionné ? Même pas celui qui fut le meilleur joueur de l’exercice récent, Abdoulaye Paye Camara. Dans toutes les équipes nationales, les joueurs locaux constituent le vivier sur lequel repose une sélection. Les binationaux ou les joueurs évoluant à l’étranger viennent renforcer ce pilier local. Avec cette sélection de Paul Put, les locaux ont été laissés de côté, jetés comme des torchons qui ne servent à rien. Ils n’ont peut-être pas le niveau de professionnalisme des joueurs évoluant en Europe, mais ils ont pour eux le cœur, ils ont l’amour de la patrie. Quand ils jouent pour la sélection, ils le font avec fierté, avec toute la détermination nécessaire dans l’espoir de relever la tête de leurs familles, et avec elles, celle de toute la nation.

Il faut désormais que l’on se débarrasse du complexe d’infériorité selon lequel les joueurs qui jouent dans les championnats européens sont meilleurs que les joueurs locaux. L’équipe du Sily au cours de cette Can n’avait aucune âme, aucun caractère et aucune conviction. Elle naviguait à vue comme un navire perdu en plein océan.

J’en appelle à la responsabilité de chacun en assumant cette débâcle. Il est temps de remettre tout à plat en responsabilisant les anciens joueurs du Sily national qui ont mouillé le maillot pour la patrie, à défaut, l’histoire se répètera et les lendemains déchanteront toujours.

Alexandre Nainy Bérété

À Antonio Souaré et son équipe, si vous ne pouvez pas faire mieux que vos homologues de la fédération égyptienne, au moins, imitez-les en débarrassant le plancher. Ça y va de votre dignité ainsi que celle du peuple de Guinée tout entier.

Par Alexandre Naïny BERETE, supporter guinéen déçu depuis Nantes.

Publicités

Laisser un commentaire